PagesJaunes : une structure sociale malade
Une réflexion menée précédemment nous avait permis de formaliser une topologie des différentes populations au sein de l’entreprise.
Un an plus tard, il est nécessaire de la remettre en question pour tenir des dernières évolutions et observations. Voici donc une nouvelle approche des différentes populations présentes au sein de l’entreprise.
Deux critères de lecture étaient ressortis :
Le sentiment d’appartenance à PagesJaunes (essentiellement déterminé par le fait de représenter ou non l’entreprise vis-à-vis de nos clients)
La notion qu’il est nécessaire de participer à la vie de l’entreprise pour défendre ses intérêts).
Pour ceux qui le souhaitent revenir sur ces critères, je les encourage à lire ou relire cet article : « Que trouve-t-on quand on déplume un canard ? »
Cette grille de lecture doit être ajustée par une donnée complémentaire : le multiplication du nombre de directeurs dans l’entreprise.
Il y a directeurs, directeurs et directeurs…
Les évolutions managériales des ces cinq dernières années ont créé un système dans le système de direction de la DC. Auparavant, les DA se sentaient directeurs à part entières. Ils se sentaient pleinement rattachés à la direction de l’entreprise.
Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Une bonne décennie après les cadres, les DA ont compris qu’eux aussi étaient traités comme les autres salariés. Mais ils sont quand même directeurs, et même responsables d’établissement : ils ne sont plus membres de la direction de l’entreprise mais ils ne sont pas vraiment autre chose que directeurs. C’est-à-dire des directeurs non membres de la direction de l’entreprise.
Cette situation génère un gros malaise chez eux. Sur le plan de la santé (au travail), il s’agit d’une situation dite « pathogène ». Cela signifie qu’au mieux elle favorise l’émergence de souffrance au travail, qu’au pire elle créé de la souffrance au travail.
Nous avons donc la Direction Générale et les DA.
Ajoutons-y maintenant toute la vague (le tsunami !) des directeurs recrutés ces trois dernières années (+ de 140 !).
Cette intégration massive de nouveaux directeurs est à l’origine du chiffre ridiculement bas de 27 salariés par directeurs. Soyons clairs, la plupart d’entre eux ne dirigent que peu ou pas de personnes. Pour certains d’entre eux, ils ne dirigent qu’eux –mêmes.
Le choix du statut de directeur
Il y a une question qui mérite d’être posée : Pourquoi avoir recruté autant de avec ce titre alors qu’il aurait été possible de les recruter comme cadre de direction ?
Principalement pour échapper au droit du travail ! Explications.
1/ En tant que directeur, ils ne sont pas soumis aux contraintes horaires, aux contrôles de leurs charges de travail, au contrôle de l’Inspection du travail ou des partenaires sociaux sur ces points…
2/ Ce contrat de directeur permet la mise en place de mode de motivation et de rémunération socialement peu admissible. Avec le statut de directeur, on le fait incognito.
3/ Le statut de directeur les maintient dans le chemin du silence.
4/ Un directeur, c’est plus pratique à virer qu’un cadre de direction ou qu’un cadre supérieur…
De toute façon, la plupart sont arrivés avec une mentalité de mercenaires et peu d’entre eux souhaitent réellement faire carrières chez PagesJaunes.
Quelles conséquences pour les autres ?
Hormis pour les DA, le premier réflexe serait de considérer que tout va bien dans le meilleur des mondes puisqu’ils sont tous d’accord pour ce fonctionnement (la direction comme les nouveaux directeurs).
Le problème, c’est qu’il y a un mais…
Une structure sociale malmenée
J’invite tous ceux qui le souhaitent à relire cet article : « La notion de périmètres, le fonctionnement de PagesJaunes et la dynamique sociale ».
Tous les équilibres et toutes les stratégies de contournement qui y sont décrits ont été sérieusement malmenés par toutes ces couches de directeurs insérer entre les cadres et la direction réelle de l’entreprise.
Il est d’ailleurs intéressant de noter les phénomènes suivants :
Ce sont les couches moyennes et inférieures de l’entreprise qui sont le plus choqués par les niveaux de rémunérations des dirigeants de l’entreprise.
Ce sont les couches supérieures de l’entreprise (hors directeurs) qui sont le plus alarmés par l’essor prodigieux du nombre de directeurs chez PagesJaunes.
Pour simplifier, auparavant, les non cadres avaient bien conscience de l’écart entre eux et le grand chef. Mais, ils arrivaient aussi à visualiser le fil qui les reliait à ce grand chef. La multiplication des couches et des directeurs a rompu cette visibilité. Un fossé s’est creusé et un divorce est intervenu. Au tort du grand chef pour la très grande majorité.
Les cadres sont plus sensibles aux difficultés quotidiennes dans leur travail générée par cette multiplication des directeurs : multiplication des interlocuteurs, conflits de périmètre bloquant les décisions et le travail, absence de visibilité, distanciation accrue avec les cercles de décisions, perte d’autonomie dans leur travail (au détriment de leur directeur qui doivent s’occuper, …).
A moins de trouver autre chose d’aussi croustillant (on y travaille), Le Q7 de C. Pingard n’a pas fini de faire jaser.
De même, le chiffre 27 sera longtemps symbole d’un fonctionnement délirant chez PJ (mais là aussi, on est sur quelques pistes…).
Mobilité et promotion
Il existe un autre effet pervers à cette vague de recrutement : un ascenseur social en panne chez PagesJaunes.
Ce principe consistant à faire appel systématiquement à des jeunes issues des grandes écoles ou des écoles de commerce pour tout nouveau chantier, marché ou projet ne peut que frustrer les autres salariés. Tous les postes « intéressants » leurs sont réservés. Il est d’ailleurs de plus en plus difficile de trouver un poste en interne quand on veut évoluer, en dehors des offres de postes de commerciaux.
Tant que les cadres ne pourront plus évoluer car les postes supérieurs leurs sont devenus inaccessibles, ils ne bougeront pas, ce qui limite les évolutions des couches inférieures…
C’est frustrant, démotivant et sources de tensions et conflits larvés. A terme, si la direction n’y prend pas garde, on se dirige vers un système implicite de castes avec tout ce que cela signifie en termes de de rancœur, de violence contenue, de souffrance…