Edito du 12 mars 2018

Tout a commencé le mardi 13 février à 7h23 avec un communiqué de France Inter/France Info annonçant 1000 suppression d’emploi chez PagesJaunes / Solocal. Certains salariés pensent encore, et à tort, que cette « fuite » a été lancé par la direction. Cette fuite a bousculé la stratégie de communication de la direction pour le 13 février mais aussi par la suite.

Explications avec une petite analyse de cette séquence.

Plusieurs éléments permettent d’affirmer que cette fuite n’a pas été orchestré par la direction :

  • Le communiqué de France Inter / France Info contient une grosse faute sur l’orthographe de notre DG : Boustaller,
  • Sur quatre points évoqués, trois sont sur les impacts sociaux, un seul sur le projet qui n’est même pas nommé,
  • Les informations sur l’endettement sont d’un flou (on n’arrive pas à savoir si la dette fut de 400 millions ou si elle est encore de 400 millions).

Le nom du DG fut écorché pendant toute la matinée à chaque fois que le scoop fut repris par les autres médias.

E. Boustouller ouvre peu après le CE à ce sujet en affirmant fortement qu’il ne serait jamais question de retirer ce projet.

En vieux routier de la chose, je peux vous affirmer qu’une personne réellement convaincue n’éprouve pas le besoin d’en convaincre ses vis-à-vis. Cette affirmation a pour seul objectif de supprimer le doute dans la tête des autres. Car doute il peut y avoir.

Et l’histoire du PSE d’Air France l’a démontré.

En début d’après-midi, en situation de crise, il est décidé balancer tout de suite le communiqué de presse prévu et annoncé pour le lendemain (le 14). Il y a un incendie à éteindre.

Et la plupart des directeurs sont « conviés » à 15h30 dans l’auditorium pour permettre à E. Boustouller une séance d’entrainement avant le webcast (suite la fuite).

A 16h30, E. Boustouller commence le webcast en dénonçant la fuite avant d’engager sa présentation.

Question : qui va écouter tout son bla bla expliquant le projet Solocal 2020 et la nécessité du PSE pour réussir le projet (le PSE permettrait de financer le grand projet) ?

Pas grand monde, car chacun n’attend qu’une chose : le chapitre sur le PSE et les 1000 emplois.

Le communiqué de presse diffusé prématurément dans l’après-midi se termine par deux paragraphes fort instructifs :

« La charge globale du projet de transformation d’environ 180 millions d’euros serait en tout ou partie provisionnée dès 2018. Les décaissements liés, entre 2018 et 2020, seraient financés par la trésorerie disponible ainsi que les flux de trésorerie excédentaires dégagés sur la période.

Ce projet de transformation devrait permettre à SoLocal d’opérer sur une base de coûts fixes significativement réduite, de gagner en agilité, et de renouer avec la croissance rentable à partir de 2019. La baisse de coûts est estimée à environ 120 millions d’euros (effet année pleine) à partir de 2020 par rapport à la base de coûts de 2017 et permettrait de restaurer la capacité du Groupe à générer des flux de trésorerie. »

Le premier paragraphe nous explique que le PSE va être financé par les économies que l’on nous a demandé (et demande encore) de faire !

Et que la baisse des coûts sera de 120 à partir de 2020, donc quand les 8 chantiers de Solocal 2020 seront livrés (ou presque).

Donc il n’y a pas besoin du PSE pour financer « Solocal 2020 ». Il s’agit de deux choses indépendantes.

Cette séquence démontre l’importance pour la DG (et donc pour nous) de l’opinion publique et de l’opinion interne. Deux sujets sur lesquels la DG a perdu la 1ère manche mais pour lesquels elle est en train de reprendre la main.

Et les partenaires sociaux dans cette histoire ?

Les syndicats ne sont pas forcément très « doués » pour gérer ces aspects et pour sentir et écouter la base. Leur prestation à la 1ère assemblée générale semble avoir laissé perplexe plus d’un salarié (ils donnaient l’impression d’être plus soucieux de défendre leur chapelle que de défendre les salariés).

Et la situation va en se dégradant car les leaders syndicaux sont maintenant submergés de travail entre les CE et les négociations sur le PSE. La séquence des 5 et 6 mars le démontre :

E. Boustouller envoie un mail, peu ragoutant, parfois maladroit, où il en remet une couche sur la « nécessité » du PSE pour réussir Solocal 2020 et sauver 3600 emplois (sic).

Ils sont déjà en mode réaction et sur la défensive (prouver leur action). EB a repris l’initiative sur la comm interne (maladroitement certes).

Autre donnée : les élections professionnelles sont reportées à fin 2018 début 2019. Et plusieurs leaders syndicaux ont déjà commencé à faire leurs calculs. Le seul avantage de cette situation est le fait qu’il très très improbable qu’un syndicat signe le PSE.

Sans oublier le fait qu’un certains nombres d’entre eux commencent à cogiter dur à leur propre situation personnelle. Bref, ils auront beaucoup trop de « temps processeur » occupé pour pouvoir s’occuper d’autres choses.

 

Le livre 1 et le reste

Je voudrai alerter chaque abonné : les informations du Livre 1 sont à prendre avec des précautions. La direction peut les modifier tout au long de la négociation, c’est-à-dire jusqu’en juin. Des premières évolutions sont déjà apparus dans certains documents présentés depuis aux instances. D’autres apparaîtront au fur et à mesure que le Direction affinera sa réorganisation.

Rien n’est acquis à ce sujet.

D’autre part, il est inquiétant de noter que les conclusions diffèrent en fonction de qui lit le Livre 1. C’est normal car il s’agit de document à la structure complexe (contrainte juridique) et assez piégeuse pour le non initié.

Donc à nouveau, attention : rien n’est acquis ni définitif.

2018 et 2019

Les salariés sédentaires présents sur les sites « supprimés » ne figurent pas dans les 1000 emplois supprimés. Ce sera en plus à chaque fois que l’un d’entre eux refusera une mobilité professionnelle et/ou géographique (cf. Ordonnances Macron).

Cela signifie que la 2ème couche de 200 salariés qui sera lancé et présenté en 2019 concernera essentiellement Citylights. Et les filiales ne représenteront que bien peu là-dessus (et encore uniquement celles qui n’auront pas fait l’objet d’une « cession d’actifs »).

A Citylights, quand vous croisez deux personnes, dites-vous que l’une des trois (avec vous) ne sera plus présente d’ici deux ans !

Vivre ensemble ou mourir ensemble

Il n’existe qu’une seule solution pour s’en sortir ou minimiser la volonté de la DG de couper dans les effectifs : la solidarité.

Question : d’après vous, que feront-ils si le projet de PSE devenait plus coûteux que ce qu’il doit rapporter (120 millions) ?

Le personnel en agence est déjà motivé (sédentaires et commerciaux). Il suffirait que les salariés au siège se mobilisent pour que le projet soit réellement compromis voir abandonné.

Nous nous en sortirons ensemble ou nous y resterons ensemble. Mais personne ne s’en sortira tout seul.