Les grognements de l’hippocampe : les voisins et les planqués
J’avoue qu’il y a une quinzaine d’année, je n’étais guère favorable au télétravail : ce n’était pas réglementé et j’y voyais un facteur d’isolement des salariés (et donc de précarisation).
Et puis la réglementation et les accords sont arrivés. Tout d’abord, je ne me suis pas senti concerné.
Mais, en 2015, mon bureau a été inondé trois fois (à Sèvres). Je ne délire pas, trois fois. La dernière fois, ce fut plusieurs centaines de litres (trop froide pour votre hippocampe de service).
Je suis donc rentré travailler chez moi. Et surprise, j’ai réussi à faire en deux heures ce que je n’arrivais pas à faire depuis deux jours.
Alors pourquoi grogner ?
Parce qu’il y a encore chez nous des individus opposés par principe au télétravail. Les deux motivations principales pour refuser du télétravail sont (de façon un peu caricaturale) :
« Encore une occasion de se planquer ».
« Le télétravail, c’est uniquement pour ceux qui habitent loin ».
Cette fois, ça m’énerve pour de bon.
Commençons par la « bonne planque » :
« Le télétravail implique un nouveau rapport au travail et un nouveau modèle managérial fondé sur la confiance et l’autonomie. Le télétravail rend caduc l’ancien modèle managérial français directement issu de la vision tayloriste de l’entreprise dans lequel le manageur est un contremaître qui contrôle et distribue le travail. Ce modèle n’est plus du tout adapté aux enjeux actuels de la création de valeur car il bride les collaborateurs, coupe court à leurs initiatives, réfrène leur développement personnel et pénalise la créativité et l’innovation. Le manageur de télétravailleurs doit au contraire animer, assurer le partage de la connaissance, fédérer son équipe, libérer les énergies et catalyser la création de valeur. »
Ça, c’est fait. Et comme on dit, ça dégage les bronches et ça éclaircie la gorge et les idées ! S’il y en a qui se reconnaissent…
Pour être franc, ce n’est pas moi qui le dis, c’est un rapport remis au gouvernement en mai 2012 (1).
Maintenant, qu’en est-il de réserver le télétravail pour les travailleurs éloignés :
« Le télétravail offre aux travailleurs du savoir des conditions de travail qui permettent un niveau de concentration et donc une productivité très élevée. La généralisation de l’open space et la diffusion des Technologies de l’Information et de la Communication ont eu des effets pervers très pénalisants pour la productivité : sentiment d’urgence permanent, infobésité, interruptions intempestives, addictions, difficultés à prendre du recul. Le télétravail pendulaire permet de recréer un espace-temps où le travailleur de la connaissance peut s’extraire du brouhaha professionnel, du flot incessant de perturbations et donc éviter la surcharge cognitive. C’est aujourd’hui l’un des principaux bénéfices du télétravail au même titre que la réduction des temps de transport. » (1)
Encadré et raisonnable, le télétravail profite à tous :
« Le telecommuting, comme le nomment les anglophones, s’avère bénéfique lorsque bien réfléchi et cadré. Il est également essentiel que l’employé qui se voit proposer cette approche soit capable de travailler de la sorte. Car cela requiert une bonne dose d’autonomie, de réactivité, d’organisation personnelle et un minimum de sérieux. Mais lorsque c’est le cas, les salariés voient leur efficacité et leur productivité accrues, leur stress descendre en flèche, leur autonomie grandir, etc. L’employeur n’est pas en reste. Ses employés étant plus productifs et plus flexibles, son entreprise est plus rentable. L’absentéisme est en forte baisse, les frais généraux s’en trouvent également réduits… » (2)
Et cela n’a rien à voir avec les distances de trajet. Il s’agit plutôt de conditions de travail. Même l’employeur y gagne :
« Une étude menée par des étudiants de l’université de Stanford démontre que le travail à domicile, ou télétravail, améliore non seulement le bien-être de l’employé mais également sa productivité.
L’étude a été réalisée auprès de 255 salariés travaillant chez Ctrip, la plus grande agence de voyage chinoise. Face à un turn over annuel de près de 50% et un loyer en hausse constante, l’entreprise a souhaité tester une nouvelle méthode de travail afin de limiter les coûts.
L’étude montre tout d’abord que la productivité, chez les employés en télétravail, a augmenté de 13% en 9 mois. Cette augmentation est principalement liée au fait que les personnes travaillant chez elles ont besoin de moins de pauses et sont moins régulièrement en arrêt de travail.
Mais si la productivité a tant augmenté, c’est aussi parce que les employés se sont sentis plus à l’aise et dans leur environnement de travail, bien loin du brouhaha des open spaces. » (3)
Mais, comme je le disais, il faut des gardes fous :
« Les autres craintes inhérentes au télétravail ne tiendraient en effet pas la route. Une perte de visibilité du salarié vis-à-vis de sa hiérarchie et un risque d’isolement ? Si le travail à domicile se limite à une ou deux journées par semaine, il en reste trois ou quatre pour maintenir du « lien social ». Largement suffisant.» (4)
Une à deux journées par semaine. Comme chez nous.
Encore sceptique ?
- + 22 %, c’est le gain moyen de productivité en télétravail ;
- 37 min, c’est le temps moyen de transport économisé par jour qui est réalloué à la vie familiale du télétravailleur, 45 min étant par ailleurs consacrées à l’allongement du sommeil ;
- 96 %, c’est le taux de satisfaction vis-à-vis du télétravail parmi les télétravailleurs, manageurs et employeurs français, démontrant ainsi un véritable plébiscite pour le télétravail ;
- 144, c’est le nombre d’arbres qu’il faudrait planter par an pour faire autant d’économies de CO2 qu’un salarié qui télétravaille deux jours par semaine. (1)
Enfonçons le clou.:
« Mais l’étude Citrix passe en revue plusieurs autres domaines pour lesquels elle chiffre les bénéfices qui seraient engendrés aux Etats-Unis par un passage en télétravail à 50 % du temps. Par exemple :
- 27 % d’augmentation de productivité pour les salariés
- réduction de l’absentéisme de 3,7 jours/an
- économie de 362 $ /an/télétravailleur sur le carburant
- entre 1 962 et 6 808 $/an/télétravailleur de dépenses liées au travail (vêtements, véhicule, repas, parking, etc.) économisées par la réduction du temps passé dans l’entreprise
- réduction de 17 % des émissions de CO2 par rapport aux émissions de 2005
- 23 milliards $/an de réduction des dépenses d’importation de pétrole
- 95 000 blessés et morts évités dans des accidents de la circulation…
Des économies possibles réalisables dans 3 catégories.
- pour les employeurs : productivité, immobilier et coûts associés, turnover des salariés, absentéisme
- pour les salariés : carburant, dépenses liées au travail, temps
- pour la collectivité : pétrole, gaz à effet de serre, accidents, maintenance des autoroutes. »
Et en plus, c’est bon pour la prévoyance :
« Dans les pays où le télétravail est plus développé comme au Royaume-Uni, 73% des employeurs constataient l’effet positif du travail flexible sur le plan de la fidélisation des salariés, 62% sur le recrutement de collaborateurs et près de la moitié d’entre eux remarquaient une baisse significative du taux d’absentéisme. » (5)
Que demander de plus ?
« L’enjeu du télétravail est donc plus généralement celui de l’entreprise du 21ème siècle qui tentera de faire avec les travailleurs du savoir ce que l’entreprise du 20ème siècle a réussi avec les travailleurs manuels : multiplier leur productivité par 50. » (1)
Pour reprendre les termes de notre direction, favoriser le télétravail (raisonnable et encadré) permettra « d’aller plus vite ». Il permet aussi d’améliorer notre productivité et donc de diminuer notre fameuse « inefficacité opérationnelle » (je me demande quand même s’ils savaient vraiment de quoi ils parlaient tous les deux).
Bref, il est vraiment temps que certains arrêtent avec leurs réflexes « ancestraux » et que l’on avance enfin dans la bonne direction.
Ggggrrr…
Références :
- http://www.entreprises.gouv.fr/files/files/directions_services/cns/ressources/Teletravail_Rapport_du_ministere_de_Mai2012.pdf
- http://www.manager-go.com/blog/organisation-de-l-entreprise/teletravail-pourquoi-pour-qui-comment
- http://zevillage.net/2015/03/teletravail-et-flexibilite-ameliorent-le-sommeil-et-la-productivite/.
Les résultats de l’étude sont disponible à cette adresse : - http://www.lefigaro.fr/vie-bureau/2012/05/29/09008-20120529ARTFIG00388-teletravail-des-salaries-plus-detendus-et-efficaces.php
- http://zevillage.net/2010/11/les-benefices-du-teletravail-chiffres-par-une-etude/.
Les résultats de l’étude sont disponible à cette adresse : http://www.workshifting.com/downloads/downloads/Workshifting%20Benefits-The%20Bottom%20Line.pdf - http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1330695-teletravail-productivite-gain-de-temps-economies-ne-venez-plus-au-bureau.html