La restructuration de la dette et nous, les salariés

Maintenant, tout le monde attend le 19 octobre 2016 en se demandant à quelle sauce nous allons être mangé. Que se passera-t-il si le plan est voté par l’Assemblée Générale Extraordinaire (AGE) des actionnaires ? Que se passera-t-il si le plan n’est pas voté ?

Quelles sont les changements concrets sur la société (pas sur les créanciers ou les actionnaires)

  • Réduction de la dette de 1.1 milliards d’euros à un montant de 400 millions d’euros (avec un taux variable et plus élevé que les taux actuels pour les 6 premiers mois).
  • Suppression des échéances de remboursement en 2018 pour une échéance en 2021-2022 (5 ans à partir de la date de lancement de la nouvelle dette de 400 millions d’euros)
  • Suppression des « covenants bancaires » (dans les grandes lignes : un système de garanties pris par les créanciers basés sur un ratio entre le CA et la marge nette)
  • Suppression des autres blocages mis en place par les créanciers (diverses modalités de remboursement anticipé en cas de rachat, …)
  • Mise en place d’un système de taux variable pour les 400 millions restants en fonction des résultats de l’entreprise (basé sur l’Ebitda : plus nous libérons du cash pour les actionnaires, plus le taux d’intérêt est faible, et inversement).

Quels impacts sont-ils à prévoir sur notre quotidien ?

En 2015, nous avons reversé environ 65 millions d’euros de taux d’intérêt aux créanciers (et provisionné 35 millions d’euros pour le PSE et le PDV).

Si le plan est voté, en 2017 nous devrons verser des dividendes (les fameux bénéfices) mais aussi des taux d’intérêts pour les 400 millions restants à rembourser dans 5 ans.

Les actionnaires « historiques » (qui ont des actions depuis longtemps) n’ont pas touché de dividendes depuis des lustres. Ils ont investi gros à l’époque et sont impatients de percevoir quelque chose. Certains seront donc « saignants ».

De plus, pour conserver le part du gâteau, ils devront en rajouter au pot (via les DPS et autres systèmes prévus dans le plan de restructuration). En effet, en ajoutant plus de 700 millions d’euros d’actions pour les actionnaires, leur part dans l’entreprise et donc dans les bénéfices serait réduite à la portion congrue (le fameux effet de dilution). Il est donc prévu des systèmes leurs permettant d’augmenter leur nombre d’actions. Dans ce cas, l’affaire est rentable pour eux (mais il faut payer avant).

S’ils doivent en plus en rajouter de leurs poches, ils en voudront en plus. Logique.

Si KKR et Goldman Sachs ont joué le rôle de « Sauterelles Voraces » (c’est ainsi que A. Merkel avait qualifié les fonds d’investissement utilisant les LBO).

Les nouveaux actionnaires, à savoir les créanciers actuels, sont depuis longtemps de véritables  sangsues vis-à-vis de Solocal. Leur objectif est de prolonger les saignées mensuelles en cumulant bénéfices et taux d’intérêts.

Le premier impact est le suivant :

Sur le T4 2016, nous devons continuer à payer les taux d’intérêt et nous devons améliorer notre Ebitda pour pouvoir distribuer de meilleurs dividendes en 2017 et diminuer le taux variable de la dette restante par la suite.

Bref, nous allons payer double jusqu’à fin décembre. Par conséquences, plus de nouvelles dépenses engagées, plus de recrutement, même les transactions pour les départs sont freinées car il ne faut rien sortir des caisses d’ici la fin de l’année.

Les impacts suivants sont donc prévisibles. Les priorité seront : le taux de marge, les bénéfices, les dividendes, l’Ebitda, le taux de marge,  les bénéfices, les…

La bonne nouvelle d’octobre était donc bien la suivante : « vous allez savoir qui n’a pas d’augmentation ». Certains estiment déjà qu’il aurait été préférable pour le bien de la société qu’il n’y ait pas eu d’augmentation cette année.

En 2017, le risque est donc bien d’avoir 0% + 0% (= la tête à toto).

Le Groupe Solocal pourra-t-il enfin investir pour ce moderniser et avancer ?

Ils restent plusieurs zones d’ombres sur ce point. Il est prévu dans le plan de restructuration une émission de 400 millions d’euros de nouvelles actions pour les actionnaires actuels avec la garantie  des créanciers (ils achèteraient les actions nécessaires pour compléter à 400 millions d’euros).

La question est donc de savoir ce qui sera fait des 400 millions d’euros que nous devrions engranger. C’est le conseil d’administration qui en décidera, c’est-à-dire les actionnaires dont un grands nombres seront aussi créanciers.

  • Va-t-on rembourser tout ou partie de la dette de façon anticipée ?
  • Va-t-on verser un dividende exceptionnel en 2017 (KKR et Goldman Sachs l’avaient fait juste après le rachat en séchant complètement notre trésorerie) ?

Si nous remboursions tout de suite les 400 millions nous n’aurions plus de dette. Il nous faudra alors emprunter pour investir. C’est classique. Les banques accepteront dans ce cadre. Mais les différentes « sangsues » et autres « impatients » accepteront-ils de voir le coût d’une dette gréver, même légèrement, leurs bénéfices ? Pas sûr.

Si nous n’utilisons pas les 400 millions pour rembourser, comment rembourserons-nous dans 5 ans  ?

Premières conclusions

Tout le monde veut sa part du gâteau. Le nombre de nouveaux actionnaires « financiers » en est une preuve. Et tout le monde trouve et trouvera sa part de gâteau insuffisante. La seule solution sera d’augmenter la taille du gâteau…

En bref, le plan de restructuration risque de ne pas changer grand chose à notre quotidien si ce n’est d’enlever l’épée de Damoclès qui pèsent sur nous (la dette). Et même cela, ce n’est pas sûr.

Que se passe-t-il s’il n’y a pas d’accord le 19 octobre ?

D’une part, cette hypothèse est actuellement en chute car l’association PPLocal peine à regrouper les votes pour deux raisons :

  • tout d’abord, elle a demandé des pouvoirs de vote en blanc sans indiquer l’usage qu’elle en ferait, ce qui suscite la réserve de nombreux petits actionnaires (qui se déplaceront peut être).
  • ensuite, les financiers ont des positions changeantes comme BJInvest, qui déclare ne pas soutenir notre DG en septembre et semble avoir effectué un revirement depuis.

En plus, de nombreux investisseurs financiers rentrent dans le capital actuellement (via la bourse) car ils savent qu’avec les DPS (qu’ils pourront financer), ce sera très rentable pour eux dans le cadre du plan de restructuration. En clair, ils ont fait leurs comptes et jouent le jeu à fond.

L’association PPLocal a essayé récemment de réagir en demandant que le 19 octobre ne soit qu’une Assemblée Générale ordinaire (sans le plan de restructuration) pour avoir plus de temps. Il s’agit d’une demande sans suite.

Si le plan de restructuration de la dette était rejeté par l’AGE, c’est le tribunal de commerce qui devra ensuite gérer l’affaire car il y a une dette de 1.1 milliard d’euros avec des clauses non respectées.

Il prendra son temps et il n’y a très peu de risques que cela se termine mal :

  • L’entreprise est (très) rentable, nous gagnons de l’argent !
  • tout le monde veut que cela marche (même s’il existe des divergences sur le comment) car tout le monde à trop à y perdre (1,1 milliards pour les créanciers, des centaines de millions pour les actionnaires voire des milliards si on remonte à la mise en bourse, des centaines de millions d’euros à encaisser à l’avenir).

Rappelez-vous : les créanciers ont déjà admis que nous ne respections plus les clauses du contrat et que nous pouvions pas rembourser. Ils auraient déjà pu nous mettre en défaut de paiement. Ce n’est pas du tout la stratégie choisie.

Le tribunal de commerce lancerait donc de nouvelles négociations (qui se poursuivent toujours). Il pourrait même prononcer le gel de la dette jusqu’à la mise en place d’un nouvel accord (=> plus de taux d’intérêt à payer en attendant), …

Un conseil ?

Restez calmes. Quoiqu’il en soit, vous viendrez travailler le 20 octobre, le 20 novembre, …

En mars 2016, nous étions tous au chômage en mars 2018 car Solocal aurait été incapable de faire face aux échéances pour la dette. C’est que ce tout le monde a voulu éviter en convenant dès juin, que nous étions incapables de rembourser et de respecter les covenants bancaires.

Les créanciers pouvaient réclamer le remboursement immédiat pour non respect de ces covenants. Ils ne l’ont pas fait et ne le feront pas car ce n’est pas leur intérêt (ils perdent tout). Les probabilités que l’entreprise existe toujours en avril 2018 ont donc déjà très sensiblement augmenté. Elles sont même assez élevées car c’est ce que tout le monde veut.

Gardez toujours cela en tête.

Ce que vous voyez en ce moment, c’est juste une histoire de chiffonniers. Ils se disputent entre eux les œufs d’or. Mais ils ont bien trop besoin de la poule aux œufs d’or pour prendre le risque de la tuer.

Une remarque ?

Le vote (ou non) du plan de restructuration est indépendant du vote pour le conseil d’administration. Le plan peut être voté et une nouvelle direction être mise en place.

En effet, le nom de JPR est à lui seul un véritable sujet de fâcherie pour les petits actionnaires. Pour calmer le jeu, les « financiers » pourraient très bien considérer que lâcher JRP est une concession qui leur coûte peu. Cela avait été l’attitude sous jacente de certains financiers en septembre.

L’inverse (plan non voté et JPR maintenu) est quasi improbable.