Manager, et si vous étiez exemplaire ? (1/2)
Manager, et si vous étiez exemplaire ? (1/2)
Mettre en place un nouveau management par l’exemplarité afin d’apporter un juste équilibre manager-collaborateur : tendance ou nécessité ? Sylvie Thibault*, coach, consultante et formatrice en ressources humaines, répond à nos questions.
L’exemplarité managériale c’est… ?
Sylvie Thibault : Si l’on devait donner une définition, je résumerais l’exemplarité managériale au précepte : « Fais ce que moi-même je fais » pour s’opposer au « Fais ce que je te dis de faire ». L’exemplarité managériale, c’est être capable d’appliquer à soi-même ce que l’on va demander aux autres.
Certains managers ont en effet vis-à-vis de leurs collaborateurs des niveaux d’exigence qu’ils ne respectent pas eux-mêmes. Un manager exemplaire s’attache, à l’inverse, à prouver que ce qu’il demande est réalisable. C’est important pour les collaborateurs qui, pour accomplir leurs missions, n’ont parfois pas d’autres moyens que l’observation de leurs managers : la construction des messages, leur mode de fonctionnement, le verbal, le non-verbal, le respect des deadlines…
Pourquoi viser l’exemplarité managériale ?
: On comprend bien que si le manager ne respecte pas ce qu’il demande à ses collaborateurs, le message est faussé, il perd en crédibilité.
C’est une vraie difficulté aujourd’hui. Prenons l’exemple d’un stagiaire, jeune tutoré en entreprise, dont le manager se plaint parce qu’il n’est pas capable d’accomplir une mission : « Il ne comprend pas ce que je veux lui dire. » Dans ce cas, rien ne sert de dire à un collaborateur ce que l’on veut qu’il exécute, il suffit de le lui démontrer : de lui donner la preuve que cela fonctionne et qu’on est soi-même capable de faire ce qu’on lui demande. Si le manager n’est pas en capacité de le démontrer, le message ne passera pas.
Cela ne signifie pas pour autant que le manager doit savoir faire tout ce qu’il demande… C’est impossible, par exemple, lorsqu’il a la responsabilité de 200 personnes. Mais il doit au moins avoir la compétence d’observation et essayer de comprendre la problématique afin d’analyser ce qui se passe concrètement sur le terrain. Les managers doivent aller à la rencontre, éviter l’absence de communication afin de ne pas passer à côté de certaines choses.
L’exemplarité est-elle un outil ou une valeur ?
L’exemplarité est un outil lorsqu’on ne la maîtrise pas du tout. Et lorsque l’on prend goût à cet outil, cela devient une valeur, et une philosophie aussi.
C’est une valeur quand l’exemplarité s’inscrit dans les comportements. À partir du moment où on la vit, on le démontre. Lorsque j’étais DRH, il nous arrivait de sanctionner un collaborateur pour ses retards. Dans les quinze jours qui suivaient la sanction, nous étions observés afin de détecter les retards des personnes de la DRH. L’exemplarité doit être à tous les niveaux.
Quels sont les effets d’un management exemplaire ?
L’exemplarité managériale ouvre l’équipe sur un langage de vérité, puisqu’on ajoute de la congruence : on sera en accord avec ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on fait. Elle est également génératrice de communication, d’échanges. Elle apporte aussi, au sein de l’équipe, une remise en question par rapport à un mode de fonctionnement que l’on aura décelé comme obsolète. Avec l’exemplarité, les collaborateurs se sentent écoutés, compris, reconnus.
Pour l’entreprise, c’est autant de bénéfices, puisqu’on répond à l’attente numéro 1 des salariés : leur apporter du bien-être. « Mon manager m’écoute, je sais que je peux compter sur lui. Si je suis en retard, je peux aussi compter sur mes collègues. » C’est donc moins d’absentéisme, moins de turn-over, des conflits sociaux moins importants : la société y gagne beaucoup.
Prenons une métaphore, imaginez un couple dans lequel les deux protagonistes ne s’entendent pas : personne n’a envie que cette situation perdure. À partir du moment où le couple est dans l’écoute, qu’il se pose les bonnes questions, qu’il décide de mettre en place d’autres systèmes intégrant la reconnaissance… tout devient plus fluide. Et, dans le contexte de l’entreprise, même si pour une fois le manager demande quelque chose d’exigeant, ou qu’il s’est trompé, l’équipe sera plus indulgente. Elle comprendra que nous sommes des êtres humains. C’est pour cela qu’il ne faut pas confondre exemplarité et perfection… sinon, cela signifierait que nous n’avons pas le droit à l’erreur !