Les grognements de l’hippocampe : « pour le bien de l’entreprise »

L’entreprise par-ci, l’entreprise par-là, … Je n’avais jamais autant entendu de personnes parler autant du « bien de l’entreprise » , de son avenir, … Mais aucun avec les mêmes conclusions.

Et là, ils ont fait fort.

« Je ne suis qu’un hippocampe avec deux grammes de cervelle. Je comprend vite si on m’explique lentement. »

Par exemple, après l’AG des actionnaires, Robert de Metz nous a remercié pour avoir aidé l’entreprise. Sachant que tout ce qu’il a proposé a été rejeté, je me suis demandé pourquoi il nous remerciait.

C’est vrai qu’il avait sauvé sa place au Conseil d’Administration (contre l’avis d’une partie des actionnaires). Du coup, j’ai cru que « l’entreprise », c’était lui.

Et dans ma (petite) tête d’hippocampe :

  • si Robert de Metz = l’entreprise
  • si les actionnaires sont les propriétaires de l’entreprise,

alors les actionnaires étaient propriétaires de Robert de Metz.

« Ouh ! la ! la ! Chaud, chaud le truc ! »

C’est alors qu’un membre du Comex (un directeur) a déclaré que ce n’était qu’une histoire de « partage des résultats de l’entreprise ».

Euh… , les résultats de Robert de Metz ?

Non, bien sûr, il s’agit de nos résultats à nous. Et j’ai compris que parler du bien de l’entreprise (ou « avoir aidé l’entreprise », …) serait un truc pour ne pas dire « dans mon intérêt ».

« Je sais, j’étais naïf… Mais, un hippocampe avec deux grammes de cervelle, il ne faut pas trop lui en demander. »

Truc extraordinaire : les actionnaires et les créanciers eux aussi ne parlent que de l’avenir de l’entreprise, de ce qui serait bien pour elle, … Mais chacun avec sa définition.

« Dommage. »

Si j’ai bien compris, les actionnaires ne veulent pas d’une « dilution » de leur part du gâteau. Ils en veulent le plus possible.

« Ah, les vilains gourmands ! »

Et en face, pareil : les créanciers (fonds d’investissement et autres hedges funds) veulent aussi la plus grosse part du gâteau.

« Bonjour la bande d’affamés… »

Le fameux directeur avait aussi précisé que c’était une histoire de « partage de nos résultats ». Donc, les résultats de l’entreprise, ce sont nos résultats.

« OK , j’ai compris. »

L’entreprise, c’est nous, et tous les autres se battent pour empocher un max du pognon que nous allons gagner.

« Vu les débats en cours, il va falloir plus de gâteaux, beaucoup plus de gâteaux. »

J’ai remarqué un truc : il n’y en a pas eu un seul pour dire que les salariés devaient eux aussi bénéficier du partage de nos résultats.

Visiblement, ils n’aiment pas partager. C’est tout le problème d’ailleurs :

  • Ils veulent tous un maximum de gâteaux,
  • Il va falloir que nous fournissions un maximum de gâteaux,
  • Ils n’ont pas prévu de part de gâteaux pour nous.

Je vois bien comment cela va se terminer : « Allez, plus vite les gars, du nerf ! Et soyez content, vous êtes toujours là ! »

« Mais comme dirait une copine : quand tu veux pleins de gâteaux, tu gardes le pâtissier, la patisserie et la farine ! »

 

Ggggrrr…