La dette, la négociation, les repreneurs et les autres

Tout commence par une annonce de Solocal Group informant de sa volonté d’échanger les obligations (350 millions arrivant à terme en juin 2018) contre des parts de l’entreprise via une nouvelle augmentation de capital (une AK en jargon boursier).

Le détail pour les obligations

Ces obligations ont été émises par PagesJaunes Finances SA qui est une société indépendante de Solocal Group. PagesJaunes Finances SA détient une créance d’un même montant vis-à-vis de Solocal Group (350 millions d’euros).

Les porteurs des obligations PagesJaunes Finance & Co devraient se voir proposer de devenir directement créanciers de Solocal en se faisant attribuer la créance sous-jacente de même montant que PagesJaunes Finance & Co détient sur Solocal, qui est nantie au profit des porteurs d’obligations. Ceci permettra aux porteurs d’obligations de participer directement aux discussions entre Solocal Group et ses créanciers

Le lien entre les obligations et le restant de la dette

Une clause figurant dans la dette principale (entre 770 et 780 millions d’euros) précise le report automatique de cette dette à 2020 si Solocal Group parvient à refinancer les obligations avant mars 2018.

Voilà pourquoi il fallait commencer par les obligations.

Mais il existe aussi une seconde raison : ce sont les mêmes investisseurs qui détiennent les deux dettes. Ils sont environ une centaine. Mais trois d’entre eux détiennent environ 55% de chacune des deux dettes.

Parmi ces trois noms figurent Paulson et Amber Capital (un doute subsiste sur le 3e nom).

Le prolongement des négociations

Les délais prévus pour renégocier la dette n’ont pas été respecté. Du coup, il a fallu reporter l’assemblée générale des actionnaires.

Autre conséquence : si la négociation avait abouti dans les délais, il n’était plus nécessaire de s’échiner à respecter les « covenants bancaires ». Il s’agit de clauses figurant dans la dette principale dont le non-respect permet aux créanciers d’exiger le remboursement immédiat de la dette.

Du coup, Solocal Group a informé que les covenants bancaires ne seraient pas respectés pour les T2 et T3 2016.

Et suite à une question, il a bien fallu préciser une évidence : Solocal Group ne remboursera pas de façon anticipée la dette.

En fait, soit la dette est renégociée soit elle ne sera jamais remboursée faute de capacités à la rembourser.

La lecture des différentes analyses et forums vous démontrera que la majorité a bien compris cette situation, cette réalité.

Les créanciers l’ont bien admis puisqu’ils ont mandaté une banque et un conseil juridique pour les aider à renégocier la dette et défendre leurs intérêts. Et il s’agit cette fois de toute la dette.

Les problèmes et les solutions

Le premier problème est le montant total de la dette, excessivement élevé pour notre groupe.

La solution est simple : soit les créanciers acceptent la négociations, l’échange de la dette contre une augmentation de capital, soit nous fermons (défaut de remboursement) et ils perdent plus d’un milliard d’euros.

Ils ont donc un milliard de raison de trouver un accord. Ils veulent évidemment la plus grosse part possible du gâteau. Car une fois débarrassé de sa dette, le groupe devrait très vite redistribuer des bénéfice (les fameux dividendes), pour deux raisons :

  • Le covenant bancaire limitant les possibilités à des conditions inatteignables aura disparu
  • L’argent économisé pour rembourser les taux d’intérêt pourrait (en tout ou partie) permettre de distribuer des dividendes.

Pour eux, le marché est simple : échanger des intérêts contre des dividendes.

Sans compter que la valeur boursière d’une entreprise distribuant des bénéfices est sans commune mesure avec une entreprise sans bénéfice (les actions devraient bien remonter et se vendre avec une bonne marge pour eux).

Le deuxième problème est de convaincre les actionnaires actuels de voter tout ceci.

Quels sont les arguments pour convaincre :

  • C’est ça ou rien (sinon vous perdez tout),
  • Une fois l’opération effectuée, certes votre part est fortement diluée (exemple : celui qui avait 10% du capital n’aura plus que 1, 2 ou 3% du capital après coup), mais elle vous rapportera tous les ans et vous pourrez probablement la revendre au moins aussi chère qu’achetée.

Il s’agit d’un pari sur l’avenir pour les actionnaires.

Mais, à force de se faire trimbaler, les petits porteurs sont en colère et se sont regroupé. Dans un premier temps, ils ont parlé de spoliation, ont fait appel au gouvernement.

Actuellement, leur discours semble un peu plus nuancé quoique toujours virulent :

« L’association demande la désignation d’un nouveau mandataire ad hoc qui n’ait pas été impliqué dans la restructuration financière précédente, désignation assortie d’une mission d’expertise sur le bien-fondé du nouveau plan de restructuration financière envisagé.

D’autres initiatives de nature judiciaire et réglementaire sont actuellement en cours de préparation, l’association RegroupementPPLocal étant déterminée à faire respecter les règles de transparence et de communication financière et à faire rétablir les actionnaires individuels et salariés dans leurs droits. Elle s’apprête à demander à l’Autorité des Marchés Financiers l’ouverture d’une enquête sur la communication financière de la Société. »

En fait, ils semblent eux aussi vouloir protéger leurs intérêts dans la négociation.

Autre difficulté : il semblerait que Paulson et Amber Capital ait déjà revendu les 5% de capital chacun pour éviter d’être accusé d’être juge (actionnaires) et partie (créancier). Il va donc bien falloir convaincre les petits porteurs.

Mais certains sur les forums boursiers ont déjà fait leurs calculs sur les marges à prendre à l’avenir…

Et les repreneurs dans tout cela

Il s’agit d’une belle confusion : les détenteurs de la dette deviendraient de fait les nouveaux actionnaires de Solocal Group. A ce titre, ils prendraient les commandes du groupe.

Au passage, commandes qu’ils avaient déjà via leurs 20% d’actions et via les covenants bancaires qui les protégeaient.

Si quelqu’un veut racheter Solocal Group, il devra aller racheter les actions en bourses (une par une ou via une OPA par exemple).

Le prix d’achat va dépendre du montant du dividende anticipé (puis distribué). Pour avoir un ordre de grandeur, un dividende d’environ 100 millions d’euros donnerait une valeur boursière d’environ 2 milliards d’euros (calcul basé sur un rendement à 5%).

Les épisodes à venir

Il est vrai que la communication financière de Solocal Group sur 2016 a de quoi interroger.

D’habitude, avec un CA à -5% et un autre chiffre intéressant (croissance CA internet ou autre), on avait droit à tout l’orchestre, tambours et trompettes en tête.

Pour le T1 2016, alors que l’on annonçait pour la première depuis des lustres un CA stable, on aurait dit qu’ils s’excusaient presque. Cela ressemblait à Droopy : « You know what i’m happy ». Etonnant.