Les grognements de l’hippocampe : nos petites lâchetés
Une majorité des salariés sont opposés à la loi travail. En effet, selon un sondage, 78% des personnes sondées estiment que ce projet de Loi représente une menace.
Et pourtant, nous n’étions même pas dix salariés de PagesJaunes présents le 9 mars Place de la République pour la manifestation contre la loi travail.
Moi-même, je n’y étais pas le 17 mars ou le 24 mars 2016. Chacun a sa petite excuse :
« Je n’aime pas les mouvements de foule »,
« Piétiner, ce n’est pas pour moi »,
« J’ai trop de travail »,
« Manifester, ce n’est pas dans ma culture »,
…
Mais nos petites lâchetés pourraient nous couter bien cher.
Je n’ai pas envie de rejoindre la foule des chômeurs. Et vous ?
Je ne veux piétiner pendant des mois, ou des années, â Pole Emploi pour retrouver du travail. Et vous ?
Du travail, j’en ai et je voudrai le garder. Et vous ?
Me laisser mener à l’abattoir sans broncher, ce n’est pas dans culture. Et vous ?
Car, si cette loi passe, préparez-vous au pire. La meilleure preuve : seul le Medef et la CGPME soutienne cette loi sans réserve depuis le début. Et eux, ils se mobilisent pour que l’on n’y retire rien, pas même une virgule. Et ils se battront jusqu’au bout.
Cette loi limite encore le pouvoir d’appréciation des juges sur les licenciements économiques. Par exemple, une entreprise qui verrait son CA baisser pendant 4 trimestres consécutifs pourra se séparer de ses salariés sans que le juge puisse s’y opposer. Le rêve de nos financiers qui estiment que compte tenu de nos contraintes financières, il faudrait supprimer 1000 emplois chez Solocal.
Une personne sur cinq (et tant pis pour les 4 « survivants » qui se taperont le travail du 5ème).
Avec cette loi, il ne vous reste plus qu’à regarder autour de vous. Sur cinq personnes présentes, il y en a une qui se ferait virer avec cette loi. Laquelle ? Vous ?
Si vous ne souhaitez pas vivre pendant plusieurs semaines, ou plusieurs mois, en vous posant la question qui va être tiré au sort pour « partir », alors il ne faut pas de cette loi.
Chez PagesJaunes, nous sommes encore à l’abri. Il va falloir que chacun se batte pour y rester. Nous pouvons faire la grève sans risque. Nous pouvons prendre des ½ RTT, des ½ CP, congés d’ancienneté, récupérations horaires… pour aller manifester.
J’ai connu une boite rue de la cristallerie qui avait annoncé son déménagement pour le 77. Le climat y était tellement serein, que pour faire une assemblée générale, nous avons dû aller au parc de Saint-Cloud (sous un arbre, car il pleuvait).
Je me rappelle d’une boite à Boulogne qui avait annoncé son déménagement en province (soit vous suivez, soit vous êtes licenciés). Quand les salariés ont voulu manifester, des vigiles (types videurs de boite de nuit) les attendaient sur le trottoir devant leur boite. Ils ont dû manifester plus loin.
J’ai aidé des salariés d’une boite qui était installé au bâtiment G rue de la Cristallerie. Ils étaient virés s’ils avaient eu la mauvaise idée de ne pas approuver le PDG.
Je le répète : Chez PagesJaunes, nous sommes encore à l’abri. Il va falloir que chacun se batte pour y rester. Nous pouvons faire la grève sans risque. Nous pouvons prendre des ½ RTT, des ½ CP, congés d’ancienneté, récupérations horaires… pour aller manifester.
Et arrêtons de nous mentir :
Vous ne pouvez pas marcher longtemps : ne venez qu’une heure, ou même une demi-heure. Mais venez.
Vous avez peur de la foule : arrivez avec une heure de retard, vous serez à l’arrière. On y est à l’aise et c’est plus calme.
Vous avez du travail : avec plus de 5 millions de chomeurs, c’est une chance. Venez la défendre.
Ce n’est pas dans votre culture : pourquoi, vous préférez être « demandeur d’emploi » ?
Le 31, il va falloir se mobiliser. Le 31, il faut y aller, pour vous, pour les autres, pour nos enfants, pour l’avenir. En démocratie, les absents ont toujours tort.
Soyez fiers d’aller manifester. Et ensuite, soyez fiers d’y être allé.