PagesJaunes : changement climatique en cours

Cet article va peut être enfoncer des portes ouvertes pour certains d’entre vous, mais il parait néanmoins indispensable de préciser certains points.

Une nouvelle donne

En juillet, Mediannuaire a annoncé avoir proposé d’échanger sa part de la dette du LBO contre environ 35% du capital de PagesJaunes. A cette date, seuls un tiers des prêteurs avaient donné leur accord. Depuis on entend plus parler de cette négociation (la date butoir pour Mediannuaire étant de fait novembre 2013).

Du côté de PagesJaunes, on peut simplement affirmer que l’on s’active afin de parvenir à un accord pour le rééchelonnement de la dette. Mais Moody’s, en général bien informé n’y croit déjà plus (note dégradée de B2 à B3 le 2.0 septembre suite aux difficultés rencontrées pour renégocier la dette).

Il existe deux possibilités principales :

1/  les créanciers acceptent l’échange avec Mediannuaire

Dans ce cas, il est quasi évident que PagesJaunes obtiendra la renégociation de sa dette (les banquiers propriétaires de 35% de PagesJaunes ne prendront pas le risque de mettre PagesJaunes en cessation de paiement).

La renégociation sera aussi plus aisée avec PagesJaunes (on peut même dire qu’ils vont renégocier avec eux-mêmes). Il est probable que les banquiers qui donneront leur accord à Médiannuaire le donneront aussi à PJ (et réciproquement).

Les banquiers en position de patron veilleront à ce que tous les efforts soient bien faits pour rembourser rapidement. Dans ce contexte, le risque d’un PES devient plus important à l’horizon 2015 (pas de conséquence sur la valeur de revente de PJ, le capital ayant déjà changé de main).

2/ Les créanciers rejettent majoritairement l’échange avec Médiannuaire

Il est peu probable que PagesJaunes puisse se retrouver en cessation de paiement (les banquiers y perdraient gros). Plus probablement, le coût du refinancement sera encore plus élevé.

La tension restera forte entre la pression accrue et inévitable pour faire toutes les économies possibles et la nécessité de revenir à la croissance au plus tôt (KKR souhaite toujours revendre PJ avec une marge… ).

Changement dans les priorités

La priorité de PagesJaunes est déjà en  grande partie modifiée. La priorité numéro 1 était la croissance (nécessaire pour garantir l’avenir, augmenter le montant des bénéfices… donc la valeur de l’action à la revente).

En cas d’échange du capital contre la dette, la priorité devient le remboursement, donc les économies.

En d’autres termes, ces trois dernières années la priorité absolue était la croissance du CA, modérée en 2012 par le principe d’économie (seuls étaient lancés les projets dont la rentabilité dans l’année était démontrée).

Maintenant, les priorités sont inversées : l’économie (restriction) prédomine  sur tout le reste. Il est raisonnable de penser que les projets lancés seront ceux qui ne remettent pas en question les économies sauf cas de force majeure (Offres, … ).

A aujourd’hui, les investissements sont toujours en suspens car ils dépendent des renégociations financières (si aucun accord n’est trouvé, ce sera restrictions, restrictions et restrictions).

Rumeurs les plans sociaux à venir

Des rumeurs circulent sur ce thème. Ils sont très improbables pour l’instant pour les raisons suivantes :

  • Un plan social créé de l’incertitude, ce qui est contraire à une bonne renégociation de la dette,
  • Un plan social génère des coûts indéterminés dans le temps et en montant (incompatible avec les exigences de garantir le remboursement),
  • Un plan social est déjà devenu inutile sur plusieurs sites (Sèvres, Eysines, Rennes la Goupillais) en tenant compte des volumes de non remplacements des CDD, intérimaires, prestataires, départs négociés, …). On peut même s’attendre à un gros allègement de la tension sur les mètres carrés à Sèvres (il y a des bureaux où un poste sur trois est inoccupé).

Il est vrai que la direction n’est pas satisfaite du contrat de travail des CC classiques. Mais…

Une nouvelle stratégie ?

Il y a quelques temps, PagesJaunes a fait part de ses propositions à l’Autorité de la Concurrence. Le prétexte à ces propositions est de mettre fin à une action entreprise par des agences de publicité.

J’encourage tout à chacun à relire ces propositions (à lire ou relire ici). Pour résumer, PagesJaunes fournira aux AP les mêmes informations qu’à ses commerciaux (à deux virgules près).

Sachant que depuis deux ans, PagesJaunes n’a plus à reverser les 5% de commissions créés par la loi Sapin, il faut se poser une question : pour quelles raisons PagesJaunes préfèreraient passer par ses commerciaux plutôt que par des AP ?

Pour la croissance du CA ? Pas sur en tenant compte des conclusions qu’ont du tirer les différents audits depuis un an… Sans en dire trop, il pourrait ressortir qu’une partie de la population en agence (CC et sédentaires) ne jouent pas toujours le jeu de la croissance du chiffre d’affaire (par l’utilisation « détournées » des Dossiers réclamations, des MO à zéro, …).

En fait, il est à peu près certain que la direction (générale et/ou commerciale) a identifié la pratique de certains « dysfonctionnements » ayant couté plusieurs millions d’euros (donc plusieurs points de croissance du CA).

Et comme ils se disent que les AP n’ont pas de syndicats, DP, CSHST ou CE chez PagesJaunes (qu’ils ont en horreur), …

Attention, la stratégie d’externalisation est extensible à d’autres domaines que la DSI (CRC, marketing, …).

Prévisions et recommandations

Si vous avez envie de partir, c’est le moment de négocier une rupture conventionnelle (tout ce qui pourra faire économiser sachant que les départs ne seront pas remplacés, sauf si le remplaçant n’est pas remplacé lui-même).

Certains vont passer des mois tranquilles (moins de budget => moins de travail), mais inéluctablement une surcharge de travail est prévisible pour la très grande majorité d’ici fin 2013.

Il peut aussi y avoir une opportunité de négocier une reconversion chez PJ (à partir de postes amenés à disparaître) mais uniquement sur des postes déjà existants, vacants et indispensables (modalités en fonctions de la signature ou non de l’accord GPEC),

Il risque aussi d’y avoir des reconversions forcées (cf. GPEC),

Attention : pour l’instant, ces points ne s’appliquent pas au « Top management » (recrutement de 2 ou 3 nouveaux directeurs récemment).