La gratuité a un coût

Comme je l’ai indiqué dans la newsletter du 26 mai dernier, je fais suite, avec cet article, à une discussion avec un des abonnés sur le climat dans l’entreprise et en particuliers sur un mécontentement croissant dans l’entreprise, notamment à la DC. Cette discussion a été complétée par une discussion avec un autre abonné qui pensait que ce mécontentement, qu’il percevait aussi, prendrait certainement d’autres formes que la contestation pour s’exprimer.

D’accord, mais quelles formes alors ? Je ne pense pas pouvoir y répondre en un article mais prenons déjà un point de départ, ce que j’appelle « la gratuité ».

I – Le faux paradoxe entre gratuité et coûts

« La gratuité a un coût » : cette phrase peut paraître paradoxale, c’est pourquoi elle mérite quelques exemples et illustrations :

  • La protection des mails

Dernièrement, j’ai entendu les propositions de quelques députés sur la protection des mails. Ils demandaient que les mails bénéficient du même système que les téléphones quand à leur diffusion avec la création de liste rouge et orange.

Il existe cependant une grande différence entre les mails et les numéros de téléphone : les 1ers sont le plus souvent accordés gratuitement et les seconds sont toujours payants.

La possibilité de choisir d’être (ou non) en liste rouge ou orange est indissociable du contrat souscrit pour obtenir ce numéro. Nous payons aussi pour cela.

Si on impose aux différentes plateformes gratuites (gmail, hotmail, …) ces mêmes dispositions, cela cassera le modèle économique de ces plateformes. Car héberger et gérer tous ces comptes mails a un coût, et ses sociétés ne le font pas par bonté d’âme. Elles y gagnent quelque chose (des nouveaux clients pour Google, des fichiers, …).

Si on leurs impose une nouvelle contrainte, lourde et couteuse, et si on leur supprime une source de revenu, elles n’auront que deux choix : la suppression de cette activité ou la facturation de cette activité.

Entre d’autres termes, la gratuité a un cout : les contreparties. Cette notion est l’essence mais du contrat en droit (appelé obligations).

  • Glissement à partir de la conception du gratuit

Un autre phénomène intéressant sur la gratuité est l’évolution observable à travers les requêtes sur le web : le terme « free » est un des plus répandus mais cette notion est aussi en régression.

Auparavant, le vent porteur était sur comment avoir la même fonctionnalité que logiciel machin payant mais gratuitement. Aujourd’hui, on nous propose sur nos smartphones (Apple Store, Android Market, …) des applis par chères (un ou deux euros), presque gratuites mais bien payantes.

Un second exemple illustre bien ce phénomène : je connais quelqu’un ayant reçu une des lettres Hadopi le mettant en demeure de cesser ses téléchargements illégaux (l’objectif étant de l’orienter vers les plateformes payantes de téléchargement). Réponse de l’utilisateur concerné : il a souscrit un contrat avec une boite américaine qui masque  et crypte tout ce qu’il télécharge.

  • Deux conclusions :

Si le ticket d’entrée est trop cher (plus exactement si l’utilisateur le trouve trop élevé), l’utilisateur cherchera des solutions de contournement gratuites.

La demande de gratuité ou de moindre cout est prédominante, dans ces domaines mais aussi dans la vie de tous les jours, dans le travail, dans la demande de représentation et de défense.

II – Et le mécontentement des salariés dans tout cela ?

Une projection sur les manifestations de ce mécontentement doit se faire en tenant compte de ce que nous venons de dire mais aussi de points déjà abordés dans nos colonnes :

  • La stratégie de la plume de canard
  • Les stratégies de défense individuelles de ses intérêts
  • La recherche du moindre coût

Conclusions :

Je ne crois pas à une forme de mobilisation possible des sédentaires pour l’instant. Concernant les commerciaux, l’appel à la grève pour le 7 juin (avec montée à Sèvres et à l’AG des actionnaires) risquent de s’échouer sur un appel à la grève aux motivations multiples donc confuses.

D’autres phénomènes peuvent donc se développer chez les sédentaires dont notamment l’absentéisme. Je pense que ce point doit être surveillé de près car il sera certainement un révélateur.

Le  taux de départ de l’entreprise peut aussi évoluer quoique je croie plus un « raccourcissement volontaire de la collaboration » pour les derniers arrivés.

Bref, on sait comment se mécontentement a peu de chance de se manifester. Il faudra revenir sur ce sujet pour savoir ou observer comment il se manifeste(ra).