Elections, Jump et dialogue social

La réunion organisée par la direction avec l’ensemble des représentants du personnel sur le projet Jump a de quoi laisser perplexe sur la stratégie de dialogue social de notre direction générale. On peut effectivement s’interroger sur les finalités réelles de la campagne électorale massive et active de la DRH et même revenir sur certaines conclusions de notre articles sur les « Premières leçons des élections professionnelles chez PagesJaunes« .

Les contraintes de notre direction générale sur le projet Jump sont assez simples et impératives :

Effectuer au plus tôt des tests pour ensuite en tirer des conclusions et pouvoir effectuer une mise en place pour le DP 2012.

La principe utilisé est donc le rétro planning :

  • DP 2012 aux dates habituelles (avril en général)
  • Consultations des instances durant la 2e quinzaine de février
  • 1ère vague de test début septembre 2009 ( fin en décembre 2009) hormis pour quelques sujets avec tests ou mises en place à partir de décembre 2009.

Remarque : nous reviendrons plus en détail sur le projet Jump dans un autre article une fois les documents de présentation récupérés.

Ce rétro planning nécessite donc un strict respect des délais notamment pour la consultation des instances (point délicat chez PagesJaunes depuis une décennie). Pour ce faire, la direction a mis les petits plats dans les grands :

  • Lancement d’une négociation avec les organisations syndicales pour une « Accord de méthodologie »
  • Réunion avec tous les représentants du personnel au Palais des Congrès de Versailles (une première chez PJ surtout en pensant aux frais de déplacements, d’hébergement, les locations de salles, …)
  • L’annonce de la possibilité de mettre sur la table beaucoup de moyens si nécessaire (et sous conditions…).

La démarche

La présentation de D. Paoli précise la philosophie proposée :

« Une démarche d’échange et d’écoute : cela nécessite un minimum de partage d’objectifs, une confiance réciproque, un respect des textes réglementaires mais en les adaptant parfois, des moyens adaptés et proportionnés au dossier à traiter et aussi un droit à l’erreur. Nous devons trouver les bonnes façons pour avancer vite tout en traitant sérieusement les dossiers, en faisant preuve d’imagination parfois et en organisant cette démarche d’échange et d’écoute. »

Un peu plus loin il précise la possibilité de la « mise en place d’une démarche organisée d’information et d’échange dès le démarrage des tests et quelle que soit la décision prise àl’issue des tests. C’est cette démarche que nous avons retenue et que nous essayons de définir avec les organisations syndicales dans le cadre d’un accord de méthodologie. »

Le protocole

Objet du projet de protocole :

  • Organiser un processus d’information et d’échange régulier
  • Exprimer des recommandations
  • Prendre des engagements
  • Définir des moyens complémentaires

« en vue de faciliter le travail des instances mais sans se substituer à elles. »

Il a été précisé que cette démarche avait aussi pour objectif de fournir un cadre déclinable par la suite, voir même qu’il pouvait servir de base à un éventuel accord de droit syndical.

Lors des échanges l’après-midi avec les membres des CHSCT, la question du pourquoi une commission de suivi composée de délégations syndicales a fait l’objet de quelque débats (la raison selon D. Paoli en est qu’il faut gérer les moyens et besoins du CE et des 9 CHSCT).

La négociation sur ce protocole semble devoir coincer sur la constitution des délégations syndicales, les syndicats ayant réclamé la possibilité d’y mettre 5 membres (chiffres en perpétuel inflation depuis 10 ans : on est passé de deux ou trois membres, rarement quatre à des demandes systématiques de 4 ou 5 membres par délégation syndicale).

Les discussions ont commencé fin août-début septembre. Il est très vraisemblable que la direction y mettra fin entre le 15 et le 20 septembre. Il s’agit certainement de tester les organisations syndicales pour savoir lesquelles ont vraiment l’intention de se comporter en partenaire. Pour reprendre une phrase (entendue après la réunion), il s’agit de savoir « qui représente qui ».

« Faire ses courses » au « supermarché »

L’expression « faire ses courses » a souvent été utilisé pour décrire le comportement de certainement délégués syndicaux centraux lors des réunions de négociations : il s’agit de réclamer un maximum de moyens (heures de délégations) pour leurs adhérents (pour beaucoup, plus de délégation => plus de pognon).

L’expression faire ses courses est nouvelle. Lors des présentations du 6 septembre, il a été mentionné un nombre important de fois par la direction la possibilité de mettre à disposition des « moyens ».

Nous sommes quelques uns à avoir l’impression que PagesJaunes proposait à certains la possibilité de faire leur course au supermarché avec des rayons bien garni.

En échange de quoi ? Une bienveillance des instances sur les délais de consultation et une plus grande souplesse si nécessaire sur quelques règles de formalisme.

Quelle relations sociales ?

Cela donne l’impression que tous les discours tenus sur le dialogue et l’échange ne sont qu’une vaste fumisterie, non pas que la direction refusera d’écouter les discours intelligents mais parce qu’ils estiment que les OS n’auront aucun discours intéressant à tenir. Juste des heures de délégation à distribuer à leur adhérent.

La campagne électorale menée par la direction en juin dernier prend maintenant tout son sens :

  • il fallait des syndicats car seuls les syndicats sont achetables pour garantir les délais (mise en place au DP 2012)
  • la démarche n’était pas mené contre les candidatures indépendantes du fait de leur discours mais uniquement du fait de leur « indépendance » incontrôlable.

C’est la nature même de l’indépendance qui a fait blocage. Cette analyse se renforce si j’évoque les « appels du pied » de certains membre de la direction à intégrer une OS déjà existante. J’écris déjà existante car un syndicat fantoche pour présenter des candidats dès le premier tour était encore pire pour la direction :

  • affaiblissement des syndicats « traditionnels » en terme de représentativité et donc en terme d’intérêt pour la direction
  • multiplication de candidature « indépendante » de fait dès le premier.

Attention aux ogres !

Tout repose sur le comportement des syndicats :

  • Si l’appât du gain, ou la raison l’emporte, alors la direction pourra croire avoir gagné son pari,
  • Sinon, cela promet du muscle et du sang dans les relations sociales.

« Pourra croire » : il me semble que cette démarche consiste à construire sur du sable, à savoir l’intérêt immédiat et personnel des uns et des autres. Et ces intérêts n’étant jamais satisfait, il y a fort à parier qu’il ne faudra pas attendre longtemps avant que n’éclate frustrations, conflits et peaux de bananes.

La meilleure preuve en est le comportement du leader de la CFDT lors du CE du mois de juillet : blocage (sous un faux pretexte) de la désignation du bureau du CE pour bien établir dans la négociation sa position de force (5 sur voix sur 11, sous entendu « vous ne pourrez rien faire sans moi »).

La réponse des autres syndicats n’a pas tardé : union générale contre la CFDT et mise en place en août d’un bureau (6 voix contre 5) sans un membre de la CFDT. L’intérêt et appétits en jeux ont même permis une alliance allant de FO à Autonome en passant par la CGT et la CFE/CGC !!!

Bien sur, d’autres lectures des évènements sont possibles mais je trouve celle-ci tellement plus « croustillante »…